SERGE MAIRET - Chronique pour Samouraï

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Chronique pour SAMOURAÏ

La culture est un combat

Serge Mairet et le Yuan Qi TAoL’homme est avant tout un être de culture. C’est la culture qui fonde la civilisation humaine. La culture et la connaissance sont intimement liées mais la culture du corps et de l’esprit est une culture en soi qui appartient d’abord et avant tout à l’Asie. C’est sa contribution majeure au monde. Une contribution dont l’occident refuse pourtant de prendre la mesure. Pourquoi ? Parce que la civilisation occidentale s’est fondée sur la dualité du corps et de l’esprit et non sur son unité.

Dans le bouddhisme, pas de dieu révélé. En pacifiant son esprit, grâce à la méditation en position assise, il est possible à l’homme de faire l’expérience de l’unité du corps et de l’esprit, pour parvenir au stade ultime du Nirvana ( l’extinction des passions ). Cette expérience physique et mentale, différente dans son essence de la mystique occidentale, orientée sur la Foi, s’avère aussi une voie. Elle représente une ascèse, un effort constant, répartis dans le temps, aucunement soumis à la recherche d’une performance, encore moins à une culture du résultat. Et surtout, elle est évolutive !

Dans les arts martiaux, issus de la philosophie ancienne de l’Asie, la culture passe par le combat. Un combat qui peut être contre des adversaires imaginaires, pouvant se suffire à lui-même tout au long de la vie, dans le cadre d’un rituel immuable ( le kata ou les enchaînements du Tai Ji Quan, du Bagua Zhang, du Xingyi Quan, etc… ) ou dans le cadre d’une Voie de L’Union des Energies, confinant au sacré ( O-do, la « Voie de l’Amour » d’O’Sensei Morihei Ueshiba ), destinée à rapprocher les humains et à leur rappeler leur trait distinctif, leur humanité !

Un rituel qui fonde l’idéal chevaleresque et dont le monde occidental moderne, quand il en a perdu la compréhension, s’est moqué, à l’image du Don Qijote de Miguel De Cervantès, prenant les moulins à vent pour ses adversaires…

Cette joute ( imaginaire ou ritualisée ), était pourtant destinée à faire comprendre à l’homme qu’il n’est qu’un seul combat qui vaille, celui qu’il mène contre lui-même ( « la victoire absolue passe par la victoire sur soi » disait Morihei Ueshiba ). Elle ne repose pas sur le verbe, l’explication intellectuelle mais sur un entrainement corporel destiné à harmoniser l’intérieur et l’extérieur ( le Qi de l’homme et celui de l’univers ) quand la Quête du Graal de Chrétien de Troyes ( XIIème siècle ),  incitait, elle,  les chevaliers de la Table Ronde à rechercher sans cesse la vaillance et la prouesse individuelle ( incarnées aujourd’hui par la performance sportive)…

L’art, en Asie, c’est la compréhension de l’immuabilité de l’esprit, que cela soit à travers l’immobilité ou le mouvement. Cette conception fonde d’ailleurs la calligraphie, la peinture et la musique méditative, qu’elles soient d’origine indienne, tibétaine, chinoise  ou japonaise. C’est en ce sens que se comprend le sutra du cœur : « La forme est vide ; le vide est forme ».

Il n’y a pas séparation, en Asie, entre culture artistique et culture du corps. Elles participent d’une même éthique et d’une même philosophie. Les techniques de santé procèdent d’une même approche et leur lien avec les arts martiaux n’en est que plus patent car dans les arts martiaux traditionnels, la recherche du bien-être et de la santé vient en premier. L’efficacité dans le combat est toujours secondaire. Chacun, dans ces conditions, peut y trouver sa place et la société aussi puisque ces valeurs reposent sur l’harmonie. Ainsi, méditation et arts martiaux traditionnels de l’Asie participent-ils d’une même sagesse. L’objectif à atteindre demeure l’accomplissement et la sérénité.

Qui dit voie dit naturellement retour sur soi. L’entraînement doit amener la réflexion, pour former des êtres allant libres et sans craintes, capable de prendre leurs décisions en toute indépendance d’esprit. Cet objectif éducatif fut, à n’en point douter, celui de Jigoro Kano quand il accepta d’entrer au Comité International Olympique à la demande du Baron Pierre de Coubertin. Jigoro Kano et sa « Voie de la Souplesse » ont fait le pont entre l’idéal chevaleresque de l’Orient et celui de l’Occident. C’est ce qui a contribué au succès du Judo dans le monde , consciemment ou non…

Serge Mairet, professeur de méditation

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